Il faut d’abord dire ce qu’est 7 Dogs, avant de dire ce qu’il veut être. C’est un action-thriller arabe à grand spectacle, mis en scène par le duo belgo-marocain Adil El Arbi et Bilall Fallah, connus pour Bad Boys : Ride or Die. L’histoire part d’un pacte de genre très simple : Ahmed Ezz y joue Khalid, un policier d’Interpol, chargé de capturer Ghali, interprété par Karim Abdel-Aziz, figure d’un vaste réseau criminel appelé « 7 Dogs ». Un an plus tard, le réseau renaît autour d’une nouvelle drogue, Pink Lady, et les deux ennemis se retrouvent forcés de collaborer. Le film assume ses influences : buddy movie, film d’évasion, course contre la montre, criminalité internationale, tout y passe avec l’idée que la familiarité du genre équivaut à son appartenance. Le duo de réalisateurs revendique d’ailleurs un mélange de références allant de Bad Boys à John Wick et Mission Impossible, avec une volonté explicite de fabriquer un film d’action arabe à portée internationale.
Monica Bellucci fait tête d’affiche.
Le projet, lui, ne se cache pas derrière la modestie. 7 Dogs a été présenté comme l’une des productions arabes les plus ambitieuses jamais montées, avec un budget estimé à 40 millions de dollars, et certaines rumeurs le portent même plus haut. Produit par Sela Studios, soutenu par la General Entertainment Authority de l’Arabie saoudite et Riyad Season, il s’agit du premier long métrage tourné dans les nouveaux studios Al-Hisn Big Time de Riyad, présenté comme l’un des plus modernes du Moyen-Orient.
Les réalisateurs y ont recréé plusieurs métropoles internationales sans quitter la capitale saoudienne, transformant les décors en versions stylisées de Shanghai, Mumbai, et d’autres. Le casting suit la même logique : aux deux stars égyptiennes s’ajoutent Monica Bellucci (Matrix), Martin Lawrence (la licence Bad Boys), Giancarlo Esposito (Breaking Bad), Max Huang (Mortal Kombat), Francis Ngannou (ancien champion de l’UFC), Salman Khan, Sanjay Dutt et d’autres visages venus donner au film une allure de production-pont entre plusieurs cinémas. Les premiers comptes-rendus indiquent que le film a battu des records au box-office égyptien dès sa sortie, avec un démarrage massif et une fréquentation qui a fait beaucoup parler, dépassant les 150 millions de L.E. en une dizaine de jours. Mais l’information la plus spectaculaire reste sans doute celle de la récompense accordée par le Guinness World Record à une explosion géante, dont on retrouve le tampon sur l’affiche du film, appâtant les indécis.
Le film s’offre ainsi une infrastructure, un casting et une allure de superproduction qui ne cherchent jamais à se faire passer pour autre chose que ce qu’ils sont : un objet de démonstration industrielle autant qu’un film d’action.
Une démonstration de force.
Et que dire d’autre que cela se voit et s’entend ? Car le film gronde, il claque, il explose. Tout dans 7 Dogs semble avoir été réglé sur le mode maximaliste. Chaque plan recèle son lot de surcharge, chaque scène son supplément de bruit, de vitesse, de fumée ou de reflet numérique. Il y a dans le film une confiance presque déraisonnable dans le fait que l’accumulation d’effets, de mouvements de caméra, de décors composites et de cascades suffira à produire du cinéma. Et, si pour ce genre de film l’excès peut devenir une forme de conviction, il n’est jamais loin d’une forme de saturation. Les scènes d’action se superposent, les véhicules s’agrandissent, les effets se dédoublent, se quadruplent, les mouvements de caméra s’accélèrent et les trouvailles visuelles s’empilent jusqu’à produire une sorte d’ivresse méthodique qui s’autojustifie un budget aussi lourd. Et alors que le film semble vouloir dire « Regardez, nous pouvons tout faire », le vertige commence à se retourner en démonstration. Car, surchargé, 7 Dogs aime l’être.
Kill Bill sous stéroïdes, Mad Max en club disco, ce Mission Impossible saoudien laisse se confondre majesté et surenchère. Sur les décors délivrés à la criée — un désert, une rue indienne, une place en chine — s’amoncellent les séquences d’animation 3D omnicolores. Le monde n’est plus tout à fait un monde, mais une vitrine multipliant les éléments et mélangeant les influences. Les scènes de combat elles-mêmes, bien que généreuses, observent chaque coup, chute, et coup de feu au-delà du raisonnable. La volonté d’épater supplante ce qui se voudrait simple, lisible, tenu et tout réclame sa propre fanfare.
Mais il serait trop facile de reprocher à 7 Dogs ce qu’il annonce dès le départ. 7 Dogs est un film de puissance et de positionnement non seulement esthétique, mais aussi symbolique. Il témoigne d’une industrie qui use de nouveaux moyens et tient à les montrer, avec la volonté très claire d’installer l’idée qu’un grand film d’action arabe, tourné à cette échelle, peut exister, circuler et mobiliser des moyens comparables à ceux des grosses productions occidentales.
Avec des revenus estimés à près de 15 millions de dollars en une dizaine de jours, le cinéma de la région peut désormais occuper l’espace du grand spectacle, revendiquer ses stars, ses infrastructures, ses techniciens, ses plateaux, ses effets spéciaux et ses records. Cependant, en jouant à ce jeu, le film est désormais entré dans une nouvelle catégorie de productions dont l’équilibre financier dépend d’une carrière à l’international. Reste à savoir si ce spectaculaire de surcharge trouvera son public au-delà de la région, là où se jouera sans doute une autre partie du bilan de 7 Dogs .

